Parler du mélanome

Témoignages

Claude Pietrois

Martine Pietrois raconte :

En juillet 2007, je remarque un naevus bizarre sur le dos de mon époux. Il a fallu l’insistance
d’amis médecins pour que je lui prenne rendez-vous dès septembre chez le Dr Maes,
dermatologue à Compiègne que je connaissais. Elle a été remarquable de réactivité, car elle
m’a appelée, dès les résultats de la biopsie, pour que Claude revienne le lendemain avec
son agenda. Elle a pris elle-même rendez-vous avec le Dr Mateus, assistante du Dr Caroline
Robert à l’IGR.
A la question de Claude : « dois-je m’inquiéter ? », je lui ai répondu par la négative car
je le savais désormais dans d’excellentes mains et que la sagacité du Dr Maes alliée aux
compétences du Dr Robert porterait ses fruits.

Dès le premier rendez-vous à l’IGR, tout s’est enchaîné très vite, afin qu’une intervention
chirurgicale soit programmée. Le 12 novembre, mon époux entrait à l’IGR, l’opération
eut lieu le lendemain avec ablation du ganglion sentinelle par précaution et le 15 au matin,
il sortait avec un programme désormais régulier de suivi et de contrôles. Il avait déjà pu
apprécier, étant scientifique de formation, le niveau de compétences, le respect des procédures
et l’attention portée aux patients non seulement par l’équipe du Dr Robert, mais également
par le Dr Cavalcanti, chirurgien et part le personnel qui gravite autour d’eux. Je le taquinais
souvent en lui disant qu’il n’était entouré que de femmes (mais quelles femmes ! disait-il) et
ce fut le cas jusqu’à son dernier souffle.

En mars 2009, un contrôle par scanner détecta des micronodules au poumon. Un contre
examen fut fait à Orsay, car les mesures des appareils scientifiques étaient différentes et le
Dr Robert exigeait que tous les résultats soient recalculés. Le 6 mai 2009, Claude partit tôt
le matin comme d’habitude pour se rendre à Villejuif par les transports en commun. A 8h 30
la prise de sang rituelle, puis la consultation avec le Dr Robert. A 13h il me téléphonait pour
m’annoncer qu’on le gardait pour une première chimiothérapie.
Il est rentré à 20h en taxi, complètement sonné par la nouvelle. J’avais laissé exploser ma
rage, mes larmes auprès de ma mère et d’une amie, afin de me reprendre et de me montrer
forte et confiante avant son retour. Nous avons passé la nuit à parler. « Je pensais vraiment
passer au travers » m’a t-il dit. Je lui ai répondu que nous allions nous battre, qu’il avait une
excellente condition physique et un mental hors du commun. Ce qu’avaient constaté les Drs
Thomas et Robert au vu de ses lectures notamment. Je mis tout en œuvre pour éviter qu’il ne
se retrouve en situation de stress, car les mois précédents, il avait rencontré dans son milieu
associatif de très fortes contrariétés. Il était très sensible et l’acharnement de certains par
orgueil, jalousie et inconscience l’avait beaucoup choqué.

A la seconde séance, on lui posa un cathéter. Il avait peu de nausées, se sentait un peu fatigué
les trois jours suivants sa cure mais il a réorganisé son agenda, afin de poursuivre ses activités
associatives. Nous avons fait quelques voyages, continuant ainsi notre vie comme « avant ».
J’avais offert à Claude un magnifique Stetson, lui permettant de sortir sous haute protection
du soleil, car bien évidemment depuis 2007 il devait s’en protéger.
Le protocole fut changé 4 fois en tout jusqu’au définitif. En février 2010, il fit une pause de 2
mois sans cure chimique car il était très fatigué et les plaquettes étaient à un taux très bas. En
avril nouvel essai, il commença à perdre ses cheveux, avait réduit ses activités. Nous avons
réalisé un projet qui nous tenait à cœur et le 13 juillet nous signions l’achat d’un restaurant
pour l’un de nos fils à Dieppe. Enfin le 2 août, il reçut son nouveau protocole, plus adapté
l’Ipilimumab.
Vers le 15 août, il ressentit de vives douleurs au foie et je l’emmenais en urgence à l’IGR où il
reçut un traitement adapté par le Centre de la Douleur. Puis le 23 août, nouvelle cure.
La dernière IRM cérébrale avait décelé une « opacité » sur le lobe temporal gauche. A la

demande de l’IGR, Claude fut hospitalisé à Sainte Anne le 5 septembre pour que cette tumeur
soit éradiquée. Ce fut fait en réalité à l’hôpital Tenon et le 8 septembre je le ramenais à la
maison. Il est entré ensuite dans une phase de léthargie, déprimé par ce qu’il avait subi. Il m’a
raconté de nombreuses fois le détail des préparatifs et l’intervention au laser en elle-même.
Le cerveau est la partie du corps humain qui le fascinait et il était parfaitement conscient des
risques encourus. A dater de ce jour, il a refusé de se regarder dans un miroir et je l’ai rasé
tous les jours. Heureusement, ses cheveux repoussaient et cela le rassurait un peu.

Le 13 septembre, le Dr Thomas a annulé sa cure chimique, car elle l’a trouvé très faible et
m’a fait comprendre qu’on se donnait rendez-vous 3 semaines plus tard. Dans le même temps,
le service des soins palliatifs à domicile fut contacté par l’IGR et malheureusement le premier
contact s’est révélé catastrophique.
Dès notre retour, j’ai fait en sorte que Claude sorte de cette léthargie d’une part par le
dialogue mais toujours et encore avec douceur, amour et tendresse. Il a fini par m’avouer qu’il
s’était mis en « veille » et que cette phase était désormais derrière lui. Nous sommes retournés
à l’IGR le 30 septembre et une transfusion sanguine a été programmée le 4 octobre.
Le 19 octobre nous sommes allés à Dieppe, avons dîné au restaurant de notre fils en famille et
sommes rentrés le lendemain. Le 22 octobre, nouveau rendez-vous à l’IGR et le Dr Thomas
nous annonçait que tout était stabilisé et qu’il aurait donc sa dernière cure le jour - même,
satisfaite de constater l’amélioration de son état par rapport au 13 septembre. Les effets
secondaires de l’Ipilimumab se faisaient cependant sentir, comme un œdème, une fonte
de la masse musculaire, d’où une faiblesse qui s’installait et l’empêchait de se déplacer
normalement. Début novembre, j’appelais le Dr Thomas qui lui prescrivit une perfusion
d’un apport hyperprotéiné, qui malheureusement lui provoqua au bout de 3 jours un œdème
pulmonaire. Le 6 novembre j’appelais le SAMU et il fut transporté à l’hôpital Laënnec à
Creil. Il n’était pas suffisamment stable pour aller à Villejuif. Immédiatement les médecins se
sont rapprochés de l’équipe du Dr Robert et ont suivi leurs instructions à la lettre, maintenant
la programmation d’un scanner pour le 10 novembre. Alors que la veille il était plutôt plus
tonique, il est rentré du scanner le lendemain très fatigué et le verdict est tombé le soir :
le pronostic vital était engagé. Le dimanche 14 novembre à 8h55, Claude nous a quittés
paisiblement
Une semaine plus tard, le Dr Thomas m’a affirmé que toute l’équipe pensait qu’il s’en
sortirait à nouveau : « on y croyait » m’a t-elle dit.
Jusqu’au bout, j’y ai cru aussi, je n’ai jamais montré mon abattement, je lui ai caché mes
larmes et je lui ai insufflé mes forces morales jusqu’au dernier jour.
Nous avions décidé quelques mois plus tôt d’apporter notre soutien à l’Association « Vaincre
le mélanome », et j’ai respecté notre décision commune de nous engager, même si j’ai attendu
quelques mois, le temps de sortir de mon anéantissement.
Je sais combien l’entourage est important et qu’il convient d’adopter un comportement positif,
où le courage, l’empathie, le tact et le sourire sont des éléments indispensables au confort
moral du patient.

Martine PIETROIS.

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