Parler du mélanome

Témoignages

J'ai eu deux mélanomes et je vais bien

 

C’était la mi-août 2007, après  les vacances. Je faisais ma toilette et avec la pierre ponce, je frottais mes talons pour éliminer les callosités. J’ai remarqué près du talon d’Achille sur la face interne de mon pied gauche, un petit point foncé. J’ai cru que c’était un comédon (point noir) et j’ai essayé de le percer. Mais rien ne sortait. J’ai pensé à une épine mais je n’avais pas mal. J’ai essayé de l’enlever avec une épingle mais je n’osais pas piquer la peau. J’ai regardé à la loupe et bien que ce ne soit pas facile de voir à cet endroit là, j’ai vu que c’était une bulle noire sous la peau. Nous étions en plein bouleversement personnel très stressant en raison d’un changement brusque de région et je n’ai pas pris le temps de m’en occuper. Mais je surveillais de temps en temps et ce petit point grossissait doucement. En février 2008, je l’ai montré à mon nouveau généraliste, il était comme une petite tête d’épingle. Il m’a envoyé d’urgence chez la dermatologue qui me l’a enlevé mi-mars. Le verdict est tombé 15 jours plus tard, lors d’une consultation chez mon généraliste, il m’a dit très brusquement que la dermato l’avait prévenu, c’était un mélanome et je devais retourner la voir de toute urgence. Le choc était tel que je ne comprenais pas ce qu’il me disait pourtant je savais ce qu’était un mélanome. Je savais aussi que j’étais à risque car rousse à peau blanche et je me surveillais plus ou moins et ce n’était pas la première fois que l’on m’enlevait des grains de beautés. De plus mon mari avait perdu un cousin en 2006 d’un mélanome métastasé et le fils d’une amie était en chimiothérapie depuis un an pour des métastases de « nodulaire » Paniquée, j’ai voulu avancer mon RV chez la dermato qui avait lieu 5 jours plus tard mais la secrétaire  m’a répondu que ce n’était pas la peine, le médecin maintenait le RV prévu. Donc je me suis dit que ce n’était pas si grave.

 

Très doucement, la dermatologue m’a parlé de « reprise d’exérèse »  je ne savais pas ce que cela voulait dire, qu’elle m’enverrait à l’IGR, je ne connaissais pas ce lieu alors devant mon air ignorant, elle a précisé avec délicatesse : « à  Villejuif » et là, j’ai compris que c’était grave. J’étais sonnée, le ciel me tombait sur la tête. 10 jours plus tard j’étais prise en charge par un dermato de l’IGR qui nous a tout expliqué et le docteur MATEUS m’a de nouveau examiné. Heureusement que mon mari était présent car je n’ai retenu que la moitié des explications tant j’étais dans un état second. Le mélanome mesurait 0.78mm, grade 3. J’ai été opéré début mai 2008 avec une greffe de peau prise dans le pli arrière de la fesse.

 

Malgré la surveillance tous les 6 mois à l’IGR en alternance tous les 3 mois avec ma dermato, les premiers mois ont été un vrai cauchemar.  J’ai passé l’été, habillée de la tête aux pieds, je marchais tête baissée sous mon chapeau, les mains dans le dos pour les cacher du soleil. J’ai beaucoup pleuré, j’ai été en panique de nombreux mois, j’en parlais autour de moi, je voulais mettre en garde. Mais les gens ne comprennent pas notre angoisse et pensent que nous nous écoutons trop car chaque été, la prévention diffusée à la TV explique qu’après l’ablation c’est la guérison, donc, puisque c’est enlevé, on ne devrait plus s’angoisser. Mais nous savons que l’épée de Damoclès est toujours là.

 

Le temps à fait son œuvre, j’ai commencé à me détendre mais au printemps 2010, on découvrait un deuxième mélanome. J’avais signalé plusieurs fois une tâche qui changeait de forme et de couleur, côté externe de ma cuisse gauche. Le Dr Arnaud de l’IGR a confirmé que cette tâche ne lui plaisait pas et a décidé immédiatement de l’enlever. Il a appelé sa collègue et lui a expliqué que cette tâche montrait tous les signes du mélanome et j’ai compris que c'en était un autre. 15 jours plus tard, confirmation du verdict : 2e mélanome de 0.23mm avec reprise d’exérèse.

 

Je n’ai jamais pu pleurer autant que la première fois et j’ai étouffé cela au fond de moi. Je me surveille régulièrement et signale les anomalies. Mon mari prend des photos panoramiques de mon corps. Nous les mettons sur l’ordinateur pour mieux voir les changements ou les différences d’une année sur l’autre. On zoom la zone et dans le doute, c’est de nouveau la panique alors je file chez la dermato en urgence ou appelle directement l’IGR.

 

L’hiver, j’achète des chemises à manches longues car je n’en trouve pas l’été et aux beaux jours, je ne vais jamais au soleil sans mes manches longues, jupe ou pantalon long, chapeau, (j’en ai plusieurs de différentes couleurs), lunettes de soleil et crème solaire 50+. 

 

C’est devenu un réflexe : « Je me couvre pour sortir et me découvre dès que je suis à l’ombre. Je me surveille de près régulièrement et suis surveillée aussi médicalement. Ces attitudes positives contribuent à nous rassurer pour vivre plus sereinement, pour prendre de vitesse celui que j’ai nommé : « mon compagnon maléfique ». Mais je vais bien et vous le souhaite aussi.

 

S.N.

 

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