Parler du mélanome

Témoignages

Ludovic Baille

En cette année 2008, tout va bien pour Ludovic. Il a 38 ans, il est professeur de mathématiques depuis 14 ans et exerce depuis 12 ans dans le même lycée, il est unanimement apprécié par ses collègues et par ses élèves.

Il a plusieurs groupes d’amis avec lesquels il part aux sports d’hiver ou l´été.

Depuis l’an 2000, il est propriétaire d’une maison des années 1900 qu’il restaure tranquillement mais sûrement.

Il a une excellente hygiène de vie, ne fume pas, se nourrit bien (beaucoup de fruits et de légumes).

Il participe régulièrement à des semi-marathons.

Une nouvelle activité sportive l’attire : la musculation.

Un certificat médical est nécessaire, à cet effet, il se rend chez son médecin traitant le 29 août 2008, le titulaire est en congés.

Une remplaçante l’accueille, elle décide de faire un examen complet.

Un grain de beauté situé dans le bas du dos de notre frère l’inquiète, elle prend aussitôt un rendez-vous en urgence chez un dermatologue.

Le dermatologue confirme le diagnostic et effectue une exérèse du grain de beauté.

Deux semaines plus tard, les résultats arrivent, c’est un mélanome.

Le 28 octobre 2008, la première intervention est complétée par une reprise de deux centimètres autour du mélanome et par l’ablation de 3 ganglions sous le bras gauche et de 2 sous le bras droit.

Le 18 novembre, il apprend qu’un des ganglions est cancéreux.

Un curage ganglionnaire total est effectué sous l’aisselle gauche.

Ludovic découvre alors que son mélanome en est au stade 3, c'est-à-dire, l’avant-dernier stade.

C’est la stupéfaction dans la famille, car, bien sûr, il a les cheveux clairs, les yeux bleus, la peau claire et de nombreux grains de beauté, mais il ne s’est jamais beaucoup exposé au soleil et nous ne nous souvenons pas qu’il ait pris de forts coups de soleil.

Ludovic est un homme discret, un peu secret, il est célibataire et sans enfant.

Il va donc faire ces quelques choix :

- gérer la maladie seul sans inquiéter son entourage

- faire confiance à la médecine et aux médecins

- ne pas chercher de renseignements sur internet.

Il va aussi se fixer des priorités : sa famille, ses amis, son métier et son jardin (lieu où il se videra la tête dans les années à venir).

Il se désinvestit des travaux dans sa maison.

A partir de ce moment, il va être suivi avec un contrôle tous les 3 mois.

Un nodule au poumon est détecté le 26 mars 2009.

Le 19 juillet 2011, suite à une journée de contrôle au CHU, la surveillance des nodules pulmonaires est renforcée.

Un pet scan (Tomographie par Émission de Positrons) est effectué le 18 août, rien de grave n´est décelé.

Le PET Scan sert à détecter une tumeur cancéreuse et/ou des métastases, et à surveiller leur évolution.

Cet été-là, Ludovic se réintéresse à sa maison et repeint sa salle de séjour.

D´autres pet scan vont être effectués en mars 2012, juillet 2013, ils sont toujours négatifs.

Ludovic commence à croire en une guérison, la fin de la période fatidique des 5 ans approche.

L´été 2013, il fait un énorme travail dans sa cave, et entre Noël et le jour de l’an, il commande une voiture neuve.

Mais, malheureusement, il nous apprend le 10 janvier 2014 que son mélanome a fait des métastases au poumon (un nodule pulmonaire est atteint).

C’est la seule fois où il craquera. Face au chagrin de ma sœur, il affirme : ne t’inquiète pas, je vais me battre et je vais vaincre cette maladie.

Lorsqu’il m’annonce la nouvelle, il émet un sanglot, j’éclate en pleurs, il me rassure en me disant que ce n’est pas facile d’être accompagnant.

Pendant tout le week-end, je broie du noir, lorsque je le revois le lundi, il est en pleine forme physique et mentale, ça me remonte le moral.

Ce nodule est enlevé le 27 janvier.

Le 3 mars, un traitement (zelboraf/vemurafenib) lui est prescrit, il suit ce traitement pendant 3 mois et ressent de nombreux effets secondaires (éruptions cutanées, plaques, perte du goût...).

Le 18 juin, mauvaise nouvelle : 2 tumeurs cérébrales ont été détectées au scanner.

Donc, nouveau traitement au yervoy (ipilimumab), Ludovic l’a bien supporté.

L’opération est planifiée pour la fin août.

Avant l’opération, une IRM est effectuée fin juillet, le nombre de tumeurs est passé à 9.

Ludovic est arrivé à la Pitié Salpêtrière à Paris le jeudi 21 août.

Une nouvelle irm est alors effectuée, le nombre de tumeurs est passé de 9 à 11 en quelques semaines.

Le vendredi, le « casque » lui est posé.

Le casque est le dispositif qui permet de bien orienter la radiothérapie stéréotaxique vers les tumeurs, 10 tumeurs (sur 11) ont pu être détruites.

Ludovic fait le choix de rester à la Pitié Salpêtrière pour quelques jours.

Lundi 25, un moulage en résine de son crâne est réalisé, ce moulage est utilisé mardi, mercredi et jeudi pour 3 séances de radiothérapie de 20 min chacune, afin d'atteindre la dernière tumeur.

Pendant son séjour, une infirmière, amie de sa nièce, passe le voir, il lui dira : « Je sais que je suis condamné à plus ou moins longue échéance. »

C’est la seule et unique fois qu’il évoquera sa disparition possible.

Il rentre chez lui le vendredi 29 août.

Il est en pleine forme, a la voix ferme, et pas de troubles cognitifs.

Son moral est au beau fixe, il reprend la classe avec enthousiasme.

Le 17 septembre, il a les résultats du scanner qu´il avait passé quelques jours plus tôt, il m’annonce qu’il a des métastases au foie, je m’exclame. Il semble impassible, n’envisage pas d’arrêter de travailler.

Un nouveau traitement lui est prescrit : témodal.

Vendredi 19 alors qu´il est au lycée, il fait une crise d´épilepsie liée aux tumeurs cérébrales, il est pris en charge par le samu et hospitalisé au service réanimation du CHU de Rouen. Dans la soirée, il reprend conscience, nous reconnaît et nous parle.

Quand son état se stabilise, il est transféré au service « dermatologie » (lundi 22).

Pendant plusieurs jours, son état est très variable, les périodes de fatigue succédant à des phases de bonne forme.

Le 6 octobre, un nouveau scanner montre que les métastases au cerveau se sont beaucoup développées (elles ont doublé en 3 semaines), l’interne ne nous laisse aucun espoir, la fin est proche.

Ludovic est mis sous soins palliatifs le 6 octobre, il est allongé, endormi et apaisé.

Il nous a quittés dans la nuit du 7 au 8 octobre.

Pendant ces 6 années, Ludovic a fait preuve d’un courage et d’une dignité exemplaire, jamais il ne s’est plaint et n’a jamais évoqué l’idée de disparition devant ses proches.

Il a toujours cru en sa guérison.

Fabrice Baille, frère de Ludovic

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