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Certains carcinomes épidermoïdes de la peau sont aussi dangereux que le mélanome

Janvier 2022 – Le carcinome épidermoïde cutané (CEC) est considéré comme le deuxième cancer de la peau « non mélanome » le plus fréquent après le carcinome basocellulaire. Cependant il est probable que sa fréquence soit sous-estimée d’autant plus que le nombre de ces tumeurs a augmenté de manière très importante au cours des dernières décennies en partie du fait du vieillissement de la population. Le CEC est aussi considéré comme la deuxième cause de décès liée à un cancer de la peau après le mélanome.  Mais au sein de la population, le nombre absolu de décès dus aux CEC est équivalent au nombre de morts provoqués par le mélanome. Ces évolutions malheureuses sont le fait de certains CEC qui sont plus agressifs alors que ces tumeurs ont habituellement globalement un très bon pronostic lorsqu’elles sont traitées rapidement et bien suivies. 

Quels sont alors ces CEC plus graves ? Ce sont les CEC qui récidivent et qui se compliquent de métastases. Et ce sont aussi des CEC qui sont trop « développés » (ou localement avancés) pour être traités par une intervention chirurgicale ou par la radiothérapie et pour lesquels une immunothérapie doit être prescrite.  

Plusieurs caractéristiques confèrent aux CEC un risque accru d’évolution défavorable. C’est d’abord la taille de la tumeur, plus dangereuse quand son diamètre dépasse 2 cm (3 fois plus de risque de récidive et 6 fois plus de risque de métastases), sa localisation plus défavorable sur les tempes, oreilles, lèvres (5 fois plus de risque de métastases dans les ganglions) mais aussi les mains, les pieds, la jambe (niveau du tibia), la zone génitale, le fait qu’il s’agit d’une récidive, la vitesse de croissance de plus de 4 mm par mois le long de l’axe principal. D’autres critères, découverts à l’analyse au microscope, sont également des signes de plus grande gravité (aspect des cellules, envahissement des vaisseaux et autour des nerfs, développement en profondeur au-delà de 6 mm).

Certains facteurs « indépendants » de la tumeur peuvent concourir à aggraver le pronostic. Par exemple lorsque l’intervention chirurgicale n’a pas complètement enlevé la lésion ce qui a laissé des cellules cancéreuses dans la peau, lesquelles ont eu l’opportunité de se multiplier et de provoquer une récidive, ou d’envahir les ganglions à proximité. Pour éviter cet écueil il faut que l’incision se fasse à 5 mm autour de la tumeur lorsque celle-ci fait moins de 2 cm et entre 6 mm et 1 cm lorsque la tumeur mesure plus de 2 cm. 

Par ailleurs les CEC qui se développent sur un endroit de la peau déjà soumis à de la radiothérapie, ou sur un ulcère, une cicatrice de brûlure, une zone enflammée ou « abîmée », sont naturellement plus agressives. Enfin chez les personnes immunodéprimées, celles qui souffrent de comorbidités empêchant en particulier une prise en charge optimale du CEC, ces tumeurs peuvent également être plus graves. 

Avoir deux ou plus de ces facteurs de risque peut faire craindre une évolution défavorable. Après l’intervention, les patients dans ce cas doivent être suivis tous les 3 à 6 mois (avec éventuellement une échographie des ganglions) pendant les deux premières années et tous les 6 à 12 mois pendant les trois années suivantes puis une fois par an toute la vie. Pour les patients qui ont des CEC qui ne peuvent être traités chirurgicalement ou par radiothérapie (CEC localement avancés) ou qui ont récidivé après deux interventions, un traitement par cémiplimab (immunothérapie) peut désormais être proposé. 

Tout comme le mélanome, le carcinome épidermoïde peut donc être grave au point de menacer la vie. Certaines caractéristiques sous-tendent cette gravité potentielle. 

Dr Marie-Line Barbet

Brancaccio G et coll. : Risk factors and diagnosis of advanced cutaneous squamous cell carcinoma. Dermatol Pract Concept 2021 ; 11

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