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Certains médicaments et facteurs diététiques jouent un rôle dans la survenue des carcinomes épidermoïdes de la peau 

Février 2022 – Les carcinomes épidermoïdes (CE) représentent environ 20 % des cancers de la peau autres que les mélanomes. Leur fréquence ne cesse d’augmenter en partie du fait d’un goût toujours prononcé pour l’exposition solaire, l’allongement de la longévité, un dépistage plus large par les médecins et une prise de conscience plus importante dans la population. 

Les principaux facteurs de risque de survenue d’un CE sont l’exposition chronique aux rayons UV, les traitements par UV, l’immunosuppression (en particulier chez les patients greffés), l’exposition à des substances carcinogènes chimiques, le tabagisme, les ulcérations chroniques de la peau, les infections par des papillomavirus humains, un phototype 1 ou 2 (c’est-à-dire des cheveux et des yeux clairs, une peau claire, peu ou incapable de bronzer). 

Les patients traités par des médicaments immunosuppresseurs ont le risque de plus élevé de CE et il s’agit du cancer le plus fréquent chez les personnes immunodéprimées. C’est en particulier le cas des patients greffés qui reçoivent des traitements immunosuppresseurs pour empêcher le rejet de la greffe. Ainsi, par rapport à la population générale, les greffés d’organe solide (par exemple rein, foie cœur…) ont 65 à 250 fois plus de risque d’avoir un CE, lequel peut être plus agressif que chez des personnes à immunité normale. Avoir une peau claire et des difficultés à bronzer aggrave encore ce danger dont le niveau varie aussi en fonction des médicaments utilisés (moins marqué aves les médicaments plus récents tels que le mycophénolate mofétil et le tacrolimus que l’azathioprine par exemple) ainsi qu’en fonction de l’organe transplanté : l’immunosuppression requise pour une greffe de cœur est ainsi plus profonde que pour la greffe d’un autre organe.  Utiliser les médicaments les moins dangereux et à des doses plus faibles, alerter les patients sur les risques encourus et les suivre régulièrement en dermatologie sont les pistes pour prévenir (ou traiter tôt) ces cancers qui sont devenus de plus en plus fréquents tandis que le nombre de transplantations ne cesse de croître. 

D’autres médicaments dans d’autres domaines peuvent favoriser la survenue de cancers kératinocytaires, dont les CE, en particulier ceux destinés à traiter certaines maladies cardiovasculaires. Certains, prescrits pour contrôler l’hypertension artérielle, ont la capacité d’augmenter la réactivité de la peau au soleil et donc le risque de survenue d’un CE. Ce sont les diurétiques thiazidiques (risque multiplié par 4), les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (captopril, énalapril, ramipril… ) et des médicaments comparables tels que le losartan. Les personnes qui prennent ce type de traitement (et il y en a beaucoup) doivent se protéger du soleil avec des crèmes solaires à indice maximum (50 +) surtout si elles sont à risque (peau claire, antécédents de CE, doses élevées de médicaments) et consulter régulièrement leur dermatologue. 

En revanche, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, utilisés contre la douleur, et la fièvre pourraient réduire (d’environ 15 %) le risque d’avoir un carcinome épidermoïde et plus généralement un carcinome kératinocytaire. 

Sur le plan du régime alimentaire, il semble que l’on puisse attendre un effet protecteur des légumes à feuille verte (épinards, laitue…). Par contre, le lait entier, le fromage et les yaourts pourraient augmenter le risque de CE tout comme la viande et les graisses en grande quantité chez des patients ayant déjà eu de tels cancers. La consommation importante de riz (brun surtout) peut être délétère car le riz contient de l’arsenic qui potentialise l’action carcinogène des UV.  A l’inverse, 6 tasses de café (non décaféiné) par jour abaissent de 30 % le risque de survenue de CE. La niacine et la mélatonine ont aussi des effets favorables. D’une manière générale, les vitamines C et E sont recommandées. 

Ainsi la protection solaire, le contrôle de l’alimentation, la surveillance de certains traitements sont-ils susceptibles de réduire le risque de carcinome épidermoïde cutané. 

Dr Marie-Line Barbet 

Damps T et coll. : The role of drugs and selected dietary factors in cutaneous squamous cell carcinogenesis
Postepy Dermatol Alergol., 2021 ; 38(2):198-204.
doi: 10.5114/ada.2021.106196.

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