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L'essentiel sur le mélanome et autres cancers de la peau

Peut-on faire écran aux carcinomes épidermoïdes avec une crème solaire ?

Juin 2022 – L’exposition au soleil cumulée au cours de la vie est considérée comme le principal facteur de risque de carcinome épidermoïde (CE) de la peau, un des cancers les plus fréquents dans le monde. Plusieurs études ont montré que l’utilisation de crèmes solaires diminue le risque d’avoir des kératoses actiniques, lésions cutanées à type de croûtes plus ou moins épaisses, « irréductibles », provoquées également par le soleil et qui sont susceptibles de se transformer en CE. Curieusement les travaux qui se sont penchés sur l’efficacité des écrans solaires à empêcher la survenue de CE ont abouti à des résultats contradictoires. 

Une équipe de dermatologistes en Norvège s’est à nouveau intéressée à la question d’une manière plus originale. Plutôt que de comparer les effets des écrans entre utilisateurs (donc s’exposant au soleil et à peau fragile…) et non utilisateurs (donc ne s’exposant pas au soleil et/ou à peau moins fragile), ce qui peut, on le voit bien fausser les résultats, ils ont préféré confronter les effets de crèmes solaires à indice faible (moins de 15) et à indice élevé (au moins 15 et plus). 

Ils ont suivi 148 781 femmes pendant en moyenne 14,3 ans et au cours de toutes ces années, un carcinome épidermoïde est apparu chez 653 d’entre elles. Or la différence quant à la fréquence de survenue d’un CE entre utilisatrices d’écrans solaires à indice de moins de 15 ou plus de 15 est apparue quasi nulle quelle que soit la latitude, élevée en Norvège ou basse pendant les vacances dans le Sud de l’Europe par exemple.  

Que conclure ? Que les crèmes solaires ne sont pas capables de prévenir un carcinome épidermoïde quel que soit l’indice de protection ? Ou qu’une crème d’indice de plus de 15 ne fait pas mieux qu’une crème d’indice de moins 15 ? Ou encore que les modes d’application sont globalement incorrects et contreviennent aux effets bénéfiques des produits solaires ? De quoi se perdre en conjectures. 

Mais c’est bien la dernière hypothèse qui est la bonne. L’efficacité des écrans solaires dépend non seulement de l’indice de protection mais aussi de leur spectre d’absorption (comprenant UVA, UVB mais aussi lumière visible, infra-rouge), de la quantité appliquée, des renouvellements d’application et de la durée d’exposition au soleil. En fait on constate que la quantité de crème solaire appliquée se situe entre un cinquième à la moitié de la quantité recommandée et que souvent il n’y a pas de nouvelle application. Ce qui revient à employer un écran à faible indice… Les personnes qui utilisent un écran à faible indice sont aussi probablement celles qui ont la peau plus mate, qui bronze plus facilement et qui sont moins susceptibles de développer un carcinome épidermoïde, ce qui explique la quasi absence de différence eu égard à la fréquence de survenue d’un CE entre les utilisateurs des deux types d’écran. 

Quoi qu’il en soit, même si l’on peut être certain que les écrans solaires protègent des radiations UV, ils ne les annihilent pas complètement : la peau reçoit 10 % de radiations avec un écran de SPF (sun protection factor) de 10, 6,3 % avec un SPF de 15 et 3,3 % avec un SPF de 30…s’ il est correctement appliqué ! 

Dr Marie-Line Barbet 

Lergenmuller S et coll. : Sunscreens with high versus low sun protection factor and cutaneous squamous cell carcinoma risk : : A Population-Based Cohort Study. Am J Epidemiol., 2022 Jan 1;191(1):75-84. doi: 10.1093/aje/kwab216.

Notre conseil : L’indice de protection d’un écran solaire est un élément important pour diminuer l’impact des radiations des rayons ultraviolets. Aussi est-il préférable de choisir un écran de SPF 50 et de renouveler les applications au minimum toutes les 2 heures. »

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